France: les attentats de janvier 2015 au cœur de l’actualité judiciaire de 2020

0
7
ARCHIVES

Ce 7 janvier sont commémorés les cinq ans de l’attentat contre le journal satirique Charlie Hebdo, point de départ d’une vague d’attaques terroristes sans précédent dans l’Hexagone. Un évènement qui sera aussi au centre de l’actualité judiciaire française de cette année.

Le procès de cet attentat et des attaques des jours suivant est l’un des procès les plus attendus de cette année, au cours de laquelle plusieurs procès pour terrorisme auront lieu. Deux mois d’audience sont prévus, du 4 mai au 10 juillet.

Ce procès porte sur l’ensemble des attaques menées à partir du 7 janvier et sur 3 jours par les frères Kouachi et Amedy Coulibaly : le massacre perpétré le 7 à Charlie Hebdo, au cours duquel les frères Kouachi tuent 11 personnes avant d’abattre un policier dans leur fuite; le meurtre, le lendemain, d’une policière à Montrouge par Amedy Coulibaly.

Ce dernier est également l’auteur, le 9 janvier, de l’attaque d’un supermarché caché où il tuera quatre personnes avant que les forces de l’ordre l’abattent. C’est aussi le 9 janvier que les frères Kouachi connaitront le même sort, au terme d’une prise d’otage dans une imprimerie de Dammartin-en-Goële.

Un procès « attendu autant que redouté »

L’avocat Antoine Casubolo-Ferro représentera l’association française des victimes du terrorisme et Lilian Lepère, le jeune homme resté caché pendant huit heures sous un évier de l’imprimerie. Pour les victimes et leurs proches, ce procès serait en quelque sorte, un mal nécessaire.

« C’est un moment qu’ils attendent et qu’ils redoutent » explique-t-il, « pour la bonne raison que cette confrontation va à la fois raviver et aider à tourner la page. Alors derrière, se reconstruire ou pas se reconstruire ? C’est beaucoup de mots valise un peu tout faits. »

Et l’avocat de poursuivre : « Chaque individu est unique. Je crois qu’ils ne pourront jamais vraiment tourner la page. Ils pourront le dépasser…par exemple, Lilian continue à vivre, à travailler, à avoir des projets mais c’est quelque chose qui a fait une encoche dans son psychisme et dans sa vie. J’imagine que pour tout le monde dans cette salle, les victimes, les témoins, les avocats, ce sera beaucoup d’émotions. »

Les accusés

Les frères Kouachi et Amedy Coulibaly étant morts, ce ne sont pas les auteurs principaux qui seront sur les bancs. Quatorze personnes sont renvoyées devant une cour d’assise spéciale, uniquement composée de magistrats. Elle siègera, pour des questions pratiques, non pas dans le vieux palais de l’ile de la Cité au centre de Paris, mais dans le nouveau tribunal de Batignolles, dans le nord-ouest de la capitale. Ces personnes sont suspectées d’avoir, à des degrés divers, apporté un soutien logistique aux trois tueurs.

Onze suspects, poursuivis pour association de malfaiteurs terroriste criminelle, seront présents. Parmi eux, Ali Riza Polat, inculpé de « complicité d’assassinat terroriste ». Ce Franco-Turc de 33 ans, en détention depuis 2015, décrit par les enquêteurs comme « le bras droit » d’Amedy Coulibaly, est soupçonné d’avoir joué un rôle central dans la préparation des attentats, notamment en fournissant l’arsenal utilisé par le tueur de l’Hyper Cacher comme par les frères Kouachi.

« Pas un procès pour rien » malgré les absents

Trois accusés de poids seront absents : Hayat Boumedienne, épouse religieuse d’Amedy Coulibaly, qui a rejoint la Syrie juste avant les attentats ; et les frères Belhoucine, dont l’ainé Mohamed aurait été une sorte de mentor pour Amedy Coulibaly. Ils sont aujourd’hui présumés morts.

Pour Maitre Casubolo-Ferro, le fait que les accusés soient, pour ainsi dire, « des seconds couteaux » n’enlève rien à l’importance de ce procès. « Que ce type d’individus soient jugés est essentiel » souligne-t-il, « parce que nous considérons qu’un attentat c’est avant, pendant et après. »

Dès le premier clic, les gens qui sont de l’autre côté de l’ordinateur, qui commencent d’abord à armer les gens idéologiquement, qui après fournissent les armes, disent comment les utiliser et produisent la logistique, eux sont autant responsable de cet attentat et doivent être jugés tout autant. Et d’insister : « donc les frères Kouachi ne sont pas là, Coulibaly n’est pas là, bien sûr j’aurais aimé que les frères Belhoucine et Hayat Boumedienne soient là, mais il y a tous les autres, qui ont vraiment soutenu la logistique et ont permis que cet attentat ait lieu donc c’est pas un procès pour rien. »

D’autres procès de terrorisme prévus en 2020

L’une des spécificités de ce procès des attentats de janvier est aussi que certains accusés sont poursuivis dans d’autres affaires, dont certaines seront jugées aussi cette année. Depuis ce lundi 6 janvier notamment, une cour d’assise spéciale se penche sur deux filières de départ vers l’Irak et la Syrie : l’une centrée sur la mosquée de Sevran, l’autre basée à Aulnay-sous-Bois, deux communes de la région parisienne.

Vingt-quatre personnes parties juste avant ou après les attentats de janvier sont poursuivies pour association de malfaiteurs à visée terroriste, même si la plupart sont présumées mortes. On retrouve ici les frères Belhoucine, qui auraient joué un rôle central dans la filière d’Aulnay.

A noter que c’est en Belgique que l’autre grand procès terroriste de l’année devrait avoir lieu : celui des attentats du 22 mars 2016 contre l’aéroport de Bruxelles et une station de métro, qui avaient fait 32 morts et 340 blessés. Dans ce dossier figurent plusieurs personnes mises en causes dans les attentats du 13 novembre 2015 en France, dont le procès devrait lui se tenir en 2021.

Rfi.fr